La moitié des 634 espèces de primates que compte la planète sont au bord de l’extinction. Le calcul est brutal. Les humains prospèrent. Le reste de la famille des primates, des minuscules tarsiers aux énormes gorilles, ne l’est pas.
L’UICN dresse un tableau sombre. Quatre-vingt-dix pour cent de ces animaux vivent dans les forêts tropicales. Ces forêts diminuent. Les défenseurs de l’environnement se démènent, mais le temps est un luxe qu’ils n’ont pas.
Prenez l’orang-outan.
Originaire des denses canopées d’Indonésie et de Malaisie, leur nombre s’effondre. Dans les seules plaines orientales de la Malaisie, la population a chuté de 30 % entre 2002 et 2017. Les orangs-outans de Bornéo (Pongo pygmaeus ) sont en danger critique d’extinction. Il en reste moins de 60 000. Le déclin s’accélère à mesure que les forêts tropicales sont rasées au bulldozer pour les plantations de palmiers à huile, les opérations minières et les établissements humains.
Lorsque l’habitat disparaît, un conflit s’ensuit.
Des orangs-outans déplacés errent dans les terres agricoles. Ils sont considérés comme des nuisibles. Ils sont chassés pour leur viande de brousse. Ou bien ils sont braconnés pour le commerce illégal d’animaux de compagnie. Le résultat est souvent le même : des enfants orphelins.
C’est un cycle tragique. Mais à Bornéo, une approche différente est en train d’émerger.
La Borneo Orangutan Survival Foundation (BOS) fait plus que simplement préserver l’habitat. Ils gèrent un sanctuaire pour les orphelins. Et ils font quelque chose d’inhabituel. Ils dirigent une école.
“Pour survivre dans les conditions difficiles présentes dans les forêts tropicales de Bornéo, les jeunes orangs-outans doivent apprendre d’innombrables techniques de survie auprès de leurs mères… Dans le cas de nos orangs-outans orphelins, ils doivent apprendre à devenir “sauvages” auprès de mères porteuses humaines. ”
Jamartin Sihite, PDG du BOS, explique la logique.
Dans la nature, les bébés orangs-outans restent avec leur mère pendant des années. Ils apprennent tout, depuis quels fruits sont sûrs jusqu’à comment naviguer dans la canopée. Les adolescents ne deviennent autonomes qu’à l’âge de huit ans environ. C’est un long apprentissage.
Les orphelins n’ont pas de mère pour leur enseigner.
Alors les humains interviennent.
Ces mères porteuses ne se contentent pas de nourrir les bébés. Ils leur apprennent à être sauvages. Il ne suffit pas d’être en bonne santé. Ils doivent savoir comment survivre à la dureté des forêts tropicales de Bornéo. Sans cette éducation, la réintroduction dans la nature est impossible. La forêt est impitoyable.
Ce programme « école forestière » est une réponse directe à l’effondrement de leur système éducatif naturel. Il s’agit d’une tentative de réparer les dégâts causés par l’empiétement humain. Un orphelin à la fois.

Les orangs-outans sauvages n’héritent pas seulement de compétences de survie. Ils les apprennent. Pendant des décennies, les chercheurs ont suivi les populations sauvages pour déterminer exactement ce qu’un juvénile a besoin de savoir pour rester en vie sans aide humaine. La Fondation Borneo Orangutan Survival (BOS) a pris ces données et a construit quelque chose d’inédit : une école forestière.
Sihite, chercheur principal, explique qu’il ne s’agit pas seulement de rendez-vous pour jouer. Les élèves orphelins sont regroupés par âge. Chaque groupe reçoit un programme. L’objectif principal ? Nourriture. Plus précisément, la recherche de nourriture et la transformation.
Cela semble simple. Ce n’est pas le cas.
Les jeunes orangs-outans passent environ 50 % de leur temps d’éveil à essayer de manger. En fonction de leur âge et de leur sexe, ce nombre peut varier, mais l’investissement en temps est énorme. En classe, ils apprennent à aspirer les termites des bûches pourries. Ils s’entraînent à éplucher les vignes de rotin avec leurs dents. Ce n’est pas une astuce de fête. C’est la survie. S’ils ne peuvent pas transformer la nourriture, ils ne mangent pas.
Au-delà des bases : grimper, nicher et socialiser
Le programme ne s’arrête pas à manger.
D’autres « cours » couvrent les exigences physiques de la vie dans la canopée. Escalade. Naviguer dans le sol forestier. Construire des nids pour la nuit. Ce ne sont pas des extras facultatifs. Ce sont des nécessités quotidiennes.
Ensuite, il y a le côté social.
Les orangs-outans sont solitaires, mais ils ne sont pas antisociaux. L’école leur apprend à interagir avec les autres. Comment lire le langage corporel. Comment éviter les conflits. Surtout, ils apprennent à identifier les menaces. Prédateurs. Dangers. L’objectif est de créer un adulte capable de détecter le danger avant qu’il ne devienne un problème.
Et bien sûr, il y a l’avenir.
Ils apprennent à prendre soin de leur progéniture. Il semble étrange d’apprendre à un enfant orphelin à devenir parent. Mais sans cette connaissance, le cycle de la survie se brise.
Le long chemin vers l’indépendance
Pourquoi cela prend-il autant de temps ?
“Les orangs-outans ont l’intervalle entre les naissances le plus long de tous les mammifères”, note Sihite. “Et une période incroyablement longue de dépendance entre la mère et la progéniture.”
Cette dépendance dure huit ans.
Dans la nature, une mère apprend tout à ses petits. Depuis la zone de conservation de Mawas, les chercheurs ont étudié ces couples mère-enfant. Ils ont observé comment les mères démontraient les techniques. Ils ont chronométré le temps nécessaire aux jeunes pour maîtriser les compétences.
L’école BOS utilise des mères porteuses humaines pour reproduire ce plan de cours sur huit ans. C’est intensif. C’est lent. C’est nécessaire.
Avant leur libération, les mineurs sont mis en quarantaine. Bilans de santé. Tests de résistance. Ensuite, ils se déplacent vers les îles de pré-libération. Ces îles font office d’examen final. Peuvent-ils survivre seuls ? Sans que les humains les nourrissent ? Sans que les humains ne les protègent ?
S’ils réussissent, ils s’en vont dans la nature.
C’est beaucoup de travail. Mais c’est le seul moyen de garantir que ces orphelins ne se contentent pas de survivre. Ils prospèrent.
Regarder les maîtres au travail
Visiter l’école est difficile. Des protocoles stricts s’appliquent. Toute personne arrivant en Indonésie doit attendre sept jours avant de s’y rendre. L’objectif est de minimiser le stress des animaux.
Mais vous n’avez pas besoin d’un billet d’avion pour voir le processus en action.
L’Orangutan Jungle School de la Smithsonian Channel amène la salle de classe sur votre écran. La série se concentre sur les orangs-outans, pas sur les humains.
“Dans la plupart des programmes télévisés et médiatiques, les stars sont des humains, mais dans ‘Orangutan Jungle School’, ce sont les orangs-outans qui sont les stars”, explique Sihite.
La série met en lumière leurs bizarreries. Leurs luttes. Leur joie. Cela nous rappelle que malgré la différence entre les espèces, la volonté d’apprendre et de grandir est partagée.
Les dix épisodes sont disponibles sur Smithsonian Channel Plus. Les deux premiers sont gratuits. Aucun abonnement requis. C’est un aperçu de l’entraînement rigoureux qui prépare ces animaux à une vie qu’ils n’auraient jamais eue autrement.
Remarque : En malais, « orang-outan » se traduit par « homme de la forêt ».
Un nom approprié pour les créatures qui passent toute leur vie à naviguer dans la canopée, apprenant les secrets de la forêt, une compétence à la fois. L’école est fermée au public. Mais les leçons continuent. Dans la nature. En classe. Et, pour l’instant, sur votre écran.
















